Along a stream of paper, black and disturbing, there glide, bursting out, endlessly metamorphosing themselves, figures in charcoal and dry pastel by Marko Velk. The river sweeps along his erring images, his ageless ghosts, his pallid and ephemeral reflections ... His flow sets every image, as well as the viewer’s gaze, under pressure. The image flowers within its own breakages, shines for an instant before being consummated by its own incandescence, its own destiny. Ophelia and many others (Christ, the Virgin, Saint Agatha, as well as angels, clowns, soldiers...) come to re-define themselves on the surface of black and tormented waters, within a new and frail existence: that of a work of art.

Marko Velk’s drawings seem to answer all the laws of physics governing persistent vision: i.e. the persistence of a phenomenon after its cause’s vanishing. For, after all, who, nowadays, precisely recalls Shakespeare’s Ophelia, who still knows how to decipher religious scenes’ hieratic gestures, who grasps the meaning of the vanities in a time when they display themselves cheerfully, frivolous and phosphorescent, on tee-shirts or on fashionable handbags? The images’ cause has been lost within time’s abysses, but the images themselves persist, insist, burn and still shine like those dead stars glittering in the poets’ dreams. Marko Velk experiences their potential for breaking away, for wrenching off, for the destabilization of our own contemporaneity... Those ghosts knock on his gaze’s door and they open up abysses of space and of time...

 

The artist draws from all that chaos and within that darkness, images bereft of any certainty. He transforms them, makes them hybrid, re-embodies them, empties them out, even eviscerates them at times, cuts them out and redistributes them... However, here we are not dealing with a simple process (dear to some contemporary artists) of diversion nor of re-appropriation, nor of knowledgeable and hermetic references to art history. These images without a cause (cut off from their original representativity and symbolisms); they themselves become the cause of something new, of a visual and artistic event, of an amazing up-surging. Marko Velk trusts the ineluctable power of evocation and of the creativity of images. This is, on the one hand, a force of anxiety, of doubt, of heart break, of melancholy, of absence... It is, on the other hand, a power of beginning, of « poïesis » (creation), a power of opening up for which drawing is, without a doubt, the appropriate medium of expression. « The line, wrote René Char, a surging, a gust, that falls back in order to leap forward, an uninterrupted propulsion, counter to the constructed form, what produces it carries it to its term without cleaving it. Its achievement does not presuppose an ending, but on the contrary, an opening – the greatest ripping apart naturally rectilinear and not cheating, that which allows us to glimpse the secret links between things and therefore, essential relationships, hitherto un-glimpsed, the first identity of the real before the word and which we call poetical. » (in Recherche de la base et du sommet)

 

The images’ chaos is concomitant with a chaos of antagonist forces, of life pulsions and of death pulsions, « an art issued from the very entrails of nature » (Balzac), Marko Velk’s black and white expresses these opposing forces. Forces that, according to the poet Yves Bonnefoy, « simultaneously compose us and tear us up ». The conflict threatens us but also propels us towards a future, towards metamorphoses, tears us away from our imaginary alienations.
We come across this paradox, a component of the image as well as of human identity, more specifically in Marko Velk’s «portraits». The artist sets out simultaneously within them: figuration and disfiguration, epiphany and vanishing, a sign of life and a mortuary mask.

 

Chaos, night, limbo. Figuration, alteration, passage. Form, image, identity (ies). These terms never cease to encounter each other nor to resonate among themselves in Marko Velk’s drawings. Beyond our aesthetic admiration, his works touch us ever more deeply because they resound with the unceasing effort that we carry out in our daily task of living. The images’ persistence is equally a persistence of identities with multiple and lost origins (unconscious, fragmentary, contradictory) and that need to be re-invented, re-opened, never fixed within an overly sure representation of itself. « Every creation, wrote the psycho-analyst Nicolas Abraham, restitutes to us a little of the very meaning of our self-creation, a meaning lost within the heavy darkness of the first beginnings. »

 

Jean-Emmanuel Denave   

BLACK RIVER

 

 

FLEUVE NOIR

 

Sur un fleuve de papier, inquiétant et noir, glissent, éclatent, se métamorphosent sans cesse les figures au fusain et pastel sec de Marko Velk. Le fleuve charrie ses images errantes, ses fantômes sans âge, ses reflets pâles et éphémères... Son flux met chaque image, ainsi que le regard du spectateur, sous tension. L'image éclot dans sa propre déchirure, brille un instant avant d'être consumée par sa propre incandescence, son propre destin. Ophélie et bien d'autres (le Christ, la Vierge, Sainte Agathe, mais aussi des anges, des clowns, des militaires...) viennent se re-dessiner à la surface d'une eau noire et tourmentée pour une nouvelle et fragile existence : celle d'une œuvre.

 

Les dessins de Marko Velk paraissent répondre aux lois physiques de la rémanence : soit la persistance d'un phénomène après la disparition de sa cause. Car après tout, qui aujourd'hui se souvient précisément de l'Ophélie de Shakespeare, qui sait encore lire les gestes hiératiques des scènes religieuses, qui comprend la signification des vanités à l'heure où elles s'affichent gaiement, frivoles et phosphorescentes, sur les tee-shirts ou les sacs à la mode ? La cause des images s'est perdue parmi les gouffres du temps, mais les images elles-mêmes persistent, insistent, brûlent et brillent encore comme ces étoiles mortes constellant les songes des poètes. Marko Velk en ressent le potentiel de dé-saisissement, d'arrachement, de déstabilisation de notre propre contemporanéité... Ces fantômes frappent à la porte de son regard et ouvrent des abîmes d'espace et de temps...

 

L’artiste puise dans ce chaos et cette nuit d'images orphelines de toute certitude. Il les transforme, les hybride, les réincarne, les évide, les éviscère même parfois, les découpe et les redistribue... Pour autant, il ne s'agit pas ici d'un simple procédé (cher à certains artistes contemporains) de détournement ou de réappropriation, ni de référence érudite et hermétique à l'histoire de l'art. Ces images sans cause (coupées de leur représentativité et de leur symbolique originelles) deviennent elles-mêmes la cause de quelque chose de nouveau, d'un événement visuel et artistique, d'un surgissement inouï. Marko Velk fait confiance en l’inéluctable puissance d'évocation et de créativité des images. Celle-ci est, d’une part, force d'inquiétude, de doute, de déchirement, de mélancolie, d'absence... Elle est, d’autre part, puissance de commencement, de « poïesis » (création), puissance d'ouverture dont le dessin est sans doute le médium idoine d’expression. « La ligne, écrit René Char, surgissement, rafale qui reflue pour rejaillir, propulsion ininterrompue, à l'encontre de la forme construite, ce qui la produit la porte à terme sans la déliter. Son achèvement ne suppose pas une fin, mais au contraire une échancrure – la plus grande déchirure naturellement rectiligne et non inculpable, celle qui laisse entrevoir les attaches secrètes entre les choses et, partant, des rapports essentiels jusque-là inaperçus, l'identité première du réel avant le mot et qu'on nomme poétique. » (in Recherche de la base et du sommet)

 

Le chaos des images est concomitamment un chaos de forces antagonistes, de pulsions de vie et de pulsions de mort, « un art tissu dans les entrailles mêmes de la nature » (Balzac), le noir et le blanc de Marko Velk exprimant ces forces en opposition. Forces qui, selon le poète Yves Bonnefoy, « à la fois nous composent et nous déchirent ». Le conflit nous menace mais propulse aussi un devenir, des métamorphoses, nous arrache à nos aliénations imaginaires.

On retrouve ce paradoxe, constituant de l'image comme de l'identité humaine, tout particulièrement dans les « portraits » de Marko Velk. L’artiste y met à l’œuvre dans le même temps : figuration et défiguration, épiphanie et disparition, signe de vie et masque mortuaire. 

 

Chaos, nuit, limbes. Figuration, défiguration, passage. Forme, image, identité(s). Ces termes ne cessent de se croiser ou de résonner entre eux dans les dessins de Marko Velk. Au-delà de notre admiration esthétique, ses œuvres nous touchent plus profondément parce qu'elles résonnent avec l'effort incessant que nous faisons dans notre tâche d'existence. La rémanence des images est aussi une rémanence des identités aux origines multiples et perdues (inconscientes, fragmentaires, contradictoires) et qu'il s'agit de réinventer, de rouvrir, de ne jamais figer dans une représentation trop sûre d'elle-même. « Chaque création, écrit le psychanalyste Nicolas Abraham, nous restitue un peu du sens même de notre autocréation, sens perdu dans la nuit épaisse des premiers commencements. » 

 

Jean-Emmanuel Denave    

​THE DRAWING AS A VEHICLE FOR QUESTIONING

On earth, a simple physical law menages to define, to the nearest point of experimental uncertainty, the conditions of the freefall of a body in space. The speed, the trajectory, as well as the drop point, are determined by an equation that makes the development of the action forseeable. No surprise is possible, because everything is ordered by the relation between  gravitational acceleration , the place of the body in relation to the ground, and the time of falling. This ballet is organized and complete ; the gravity is a constant that we cannot avoid.
In a world already made marvellous by the physical laws that determine it , the imagination of the artist has to fight in order to compete with these laws which, after all, remain enigmas. Thus, in a series of drawing, Marko Velk builds up , with passion and persistence, propositions that defy the foundations of what we already know. His subjects float in the space of the paper or seem ready to fall ;  unstable equilibria fall apart, hybrid creatures are players in a human comedy, a shadow theater in black and white takes form with vivaciously cast strokes. In this staging, it is , without any doubt, a question of life, death and sex, of angels and demons. Sequences of a dream, or nightmare, seem to be running before our eyes at the speed of light ; in the succession of images, it is now on us to grasp the logic permitting us to explain the rules of the proposed choreography. It rests with us to reconstitute the meaning, in the disorder of our perception, of what connects the presence  of all these emblematic figures. What kind of conclusion can we draw from the meeting  of a tapir and a hunter who takes aim, of that prehistoric reptile and that human form, of that ape-like and menacing face and the nativity ? Or even of those human figures that emerge  from a velvety darkness ?  Could it be a question of a version of the treatise on natural history challenging the schemas of human evolution , or of a catalogue revising scenes of  the science of dreams ?
The drawing as a system of representation has the power to set adrift the viewer’s mind. The efficiency of its technique puts us on a level footing with the intentions of the author and, in consequence, enacts a partition  in which the projections of the artist’s subconsciousness flow as pure evidences. And so we start to believe , because it is the image that fascinates us, that those phantasmagoria have a foundation, just like the rational has one, and that the human species, perhaps, is not only defined  by the genetic grid. But,not any drawing is capable of producing such effect ; what it requires is an undefinable part that transcends representation and makes of it an enigma.
Marko Velk’s drawing belongs to that level of exactitude, not only because of the virtuosity of his technique (since to retain only that side of it would mean to misinterpret and devalue it), but because of his ability which belongs to a different register, the register of thought and its power of evoking and questioning.


J.P.Plundr

LE DESSIN COMME OUTIL DE QUESTIONNEMENT



Sur terre, une loi physique simple parvient à définir aux incertitudes expérimentales près, les conditions de la chute libre d’un corps dans l’espace. La vitesse, la trajectoire ainsi que le point de chute sont déterminés par une équation qui rend le développement de l’action prévisible. Aucune surprise n’est possible car en fait, tout est réglé par la relation qui relie l’accélération du champ de pesanteur terrestre, la hauteur par rapport au sol du corps concerné et le temps de la chute. Ce ballet est organisé et sans appel ; l’attraction terrestre est une constante à laquelle on ne peut échapper. 
Dans un monde déjà si merveilleux de par les lois physiques qui le définissent, l’imagination des artistes doit combattre pour rivaliser avec ces lois qui sont en fait des énigmes. Marko Velk construit ainsi avec acharnement et constance, dans des séries de dessins, des propositions qui remettent en cause les fondements de ce que nous savons. Chez lui, les sujets flottent dans l’espace du papier ou se préparent à chuter, des équilibres instables sont en train de se rompre, des créatures hybrides sont les acteurs d’une comédie humaine et en noir et blanc, un théâtre d’ombre et de lumière se dessine à coups de traits jetés avec vivacité. Il est sans doute question dans cette mise en scène de vie, de mort et de sexe, d’anges et de démons. Les séquences d’un rêve ou d’un cauchemar semblent défiler devant nous à la vitesse de la lumière ; à nous de saisir dans la succession des images une logique pour expliquer les règles de la chorégraphie proposée. Il nous appartient de reconstituer le sens de ce qui relie, dans le désordre de notre perception, la présence de toutes ces figures emblématiques. Quelles conclusions tirer de la réunion de ce tapir et d’un chasseur qui se met en joue, de ce reptile préhistorique et de cette silhouette humaine, de ce visage simiesque et menaçant face à cette nativité ou encore de ces figures humaines émergeant d’une obscurité de velours ? S’agit-il là d’une version d’un traité d’histoire naturelle remettant en cause les schémas de l’hominisation, ou d’un catalogue revisitant les scènes de la science des rêves ?
Le dessin, en tant que système de représentation, a le pouvoir de mettre en dérive la pensée du spectateur. La radicalité de la technique nous met de plain-pied avec les intentions du créateur, et il se joue là, une partition où les projections de l’inconscient de l’artiste affluent comme des évidences. Nous parvenons donc à croire, car c’est l’image qui nous fascine, que la pesanteur est toute relative, que des fantasmagories ont autant de fondement que la raison, que l’espèce humaine n’est peut-être pas définie que par une grille génétique. Mais, ce n’est pas n’importe quel dessin qui peut produire cet effet, il faut qu’y soit ajoutée cette part indéfinissable qui transcende la représentation et l’élève en énigme. Le dessin chez Marko Velk est à ce niveau d’exigence pas seulement sur le terrain de la virtuosité technique, ce serait d’ailleurs faire un contresens  et le dévaloriser en ne retenant que cette facette, son habileté se situe sur un autre registre, celui de la pensée et de sa puissance d’évocation et de questionnement.

JP. Plundr



I HEAR THE BONES DANCING

Marko Velk tactfully (and not without a dash of anxiety, all the same-painting looks okay but it isn’t her thing, right?) hands me catalogues and booklets to help me to get acquainted with his previous work, prior to the “Recyclage” exhibition.
I thank his pale eyes and happen on Monotypes. I happen on a man alone. Sideways on, at a table. A hypothesis of man. A breathe of man, himself blown away by a bomb whose majestic mushroom cloud unfurls a few pages and a few anxieties further on. Unless this bomb is a tree permanence versus the ephemeral. Marko Velk counts points, he isn’t optimistic. There follows a silhouette girt by a glowing moon, an almost classical head given birth to by a tormented form, a skull. Cheerful. Sniggering, rather. A monotype in its own way. Alone. Marko Velk seems to me to be alone, his only baggage a stubborn question, dull and lurking in the depths of his summer gaze. Could this guy be wondering, in the wake of Van Gogh: I would also like to know roughly what I myself am perhaps the larva of. I keep all these musings to myself, i move forward in Cachan’s studio and let myself be hit full pelt by a macabre, Buñuelesque, anarchic caravan: Mexican rebels, eternally criss-crossing the sun-baked deserts where Ambrose Bierce disappeared alongside Zapata and Pancho Villa. Powerfully obsessive black and white pictures.
I hear bones dancing. Before my eyes I have the most energetic of lithe sarabands. Whistling guts escape from a slightly irked skeleton. This work grabs me, I am an admiring steak. Everything is there. Death laughs. Marko Velk is a gravedigger with an angelic face, rending things apart, involved in trickling and patching, a leg saved from an holocaust of paper joins together two cypress trees and a dog escaped from a small format bound for the wastepaper bin. Putting things back together again. Recycling. Return to our future disappearance.


Elisabeth Quin

J' ENTENDS LES OS DANSER

Avec délicatesse (et un brin d’inquiétude quand même, elle a l’air brave mais la peinture ça n’est pas son rayon, si?), Marko Velk me tend catalogues et opuscules pour me permettre de me familariser avec son oeuvre d’ ”avant”, d’”avant” l’exposition Recyclage. Je remercie les yeux clairs et tombe sur Monotypes.
Je tombe sur un homme seul. De profil, à table. Une hypothèse d’homme. Un souffle d’homme, lui-même soufflé par une bombe dont le majestueux champignon se déploie quelques pages, quelques angoisses plus loin. À moins que cette bombe ne soit un arbre, la permanence contre l’éphémère, Marko Velk compte les points, il n’est optimiste. Suivent une silhouette enceinte d’une lune irradiante, une tête presque classique enfantée par une forme tourmentée, un crâne. Rieur. Mouais. Plûtot ricanant. Un monotype à sa façon. Seul. Marko Velk me semble seul avec pour bagage une interrogation obstinée, sourde, tapie au fond de son regard d’été.
Se pourrait-il que ce type se demande à la suite de Van Gogh “Je voudrais bien aussi approximativement savoir de quoi moi-même je suis peut-être la larve.” Je garde toutes ces ruminations pour moi, j’avance dans l’atelier de Cachan et me laisse percuter de plein fouet par une caravane macabre, buñuelienne, anarchique : des rebelles mexicains,  arpentant pour l’éternité les déserts solarisés dans lesquels Ambrose Bierce disparut au coté de Zapata et de Pancho Villa. Tableaux à l’obsession puissante du noir et du blanc.
J’entends les os danser. J’ai devant les yeux la plus énergique des sarabandes de désossés. Des viscéres sifflantes s’échappent d’un squelette un peu embêté. Ce travail me saisit, je suis un steak admiratif. Tout est là. La mort rit.
Marko Velk est un fossoyeur au sourire d’ange qui pratique la déchirure, la dégoulinure, le rapiéçage, une jambe sauvée d’un holocauste de papier rejoint deux cyprès et un chien échappé d’un petit format parti à la poubelle. Recomposition. Recyclage. Retour vers notre future disparition.


Elisabeth Quin

 

VERTIGO

 

Enter the studio of Marko Velk and expect to find yourself confronted with phantoms in a more or less advanced state of reincarnation.

Within a close frame, faces come out of the greyness of the charcoal, eyes closed, as drowned emerging from dead waters. Soon, (in order to reassure ourselves) our temptation to identify or relate them to known references is eluded. Resemblances follow one another on their features as shadows, a whole stream of resemblances, without it being fair to stop at only one. Before our very eyes, our phantoms are passing by.

Elsewhere, angels stretch their silhouettes on a background, now black, now white; their grace has a disturbing mixture of purity and sensuality; the gesture of their hands, through the elegance of movement, opens a whole world of forgotten stories. Invisible threads seem to link their wings to some divinity, which either materialises or erases the angels as it pleases on the surface of the paper.

It is useless to ask the artist why here, he represented a Madonna in her Sulpician dress and there, a Mexican guerrilla: the references bring round all the people hidden away in our memory. It is both surprising and moving to recognise some revealed figure, some city surrounded by ramparts, or a pensive profile of Judith. It is not the dull emotion of sentimentalism, but the vertigo we experience when reminiscence replaces the reality we have effectively lived, when reminiscence reveals to us a painful glimpse of what we had repressed so far.

In Marko Velk’s large collages, these figures are re-adjusted and bound together without fear of placing time and geography side by side. In those spaces, out of any human chronology, the artist invents links and a logic that history hasn’t considered yet, unfolding the infinity of their metamorphosis.

 

Anne Malherbe

 

VERTIGO

 

Entrez dans l’atelier de Marko Velk et préparez-vous à vous trouver nez à nez avec des fantômes parvenus à un degré plus ou moins avancé de réincarnation. 

Dans un cadrage serré, des visages surgissent de la grisaille du fusain, les yeux clos comme ceux de noyés émergeant d’une eau morte. Très vite est déjouée la tentation qu’on éprouve – afin de se rasséréner – de les identifier ou de les rattacher à des références connues : les ressemblances se succèdent sur leurs traits, telles des ombres, tout un défilé de ressemblances, sans qu’il soit juste de s’arrêter à une seule. Sous nos yeux passent nos propres fantômes. 

Ailleurs des anges étirent leur silhouette sur un fond tantôt blanc tantôt noir ; leur grâce a ce mélange de pureté et de sensualité qui ne laisse de troubler ; le geste de leurs mains, dans l’élégance de son mouvement, ouvre tout un monde d’histoires oubliées. Des fils invisibles semblent relier leurs ailes à quelque divinité qui, à volonté, fait apparaître ou s’effacer les anges à la surface du papier.  

Inutile de demander à l’artiste pourquoi il aura représenté ici une Madone dans ses vêtements sulpiciens et pourquoi, ailleurs, un guérillero du Mexique. Les références raniment tout le peuple endormi de notre mémoire, et voir se réveiller telle ou telle de ses figures, telle cité entourée de remparts, tel profil pensif de Judith, surprend et émeut tout à la fois. Pas l’émotion molle du sentimentalisme, mais ce vertige qu’on éprouve quand une réminiscence vient remplacer la réalité effectivement vécue, et quand cette réminiscence nous révèle l’éclat douloureux de ce qu’on avait jusqu’ici occulté. 

Dans ses grands collages, Marko Velk rajuste ces figures et les raccorde sans craindre d’accoler les époques et les géographies. Dans ces parages hors de toute chronologie humaine, l’artiste invente des liens et une logique auxquels l’Histoire n’a pas encore songé et qui déroulent l’infinité de leurs métamorphoses. 

 

Anne Malherbe

 

WHAT IS LEFT

Marko Velk wields his draughtsman's tools and hand with such deftness and skill that his renderings in charcoal sing with gritty elegance and gravitas. Plumbing depths at times violent, at times tinged with ephemeral grace, Velk references hallmarks of art history and human endeavor—on scales ranging from intimate to grandly robust—with sufficient self-contained narrative force and stylistic variance to challenge all conceivable aesthetic reaches of his medium of choice. Whether his renderings depict decapitations or angelic presences in throes of sublimation, Velk's blacks could be no blacker, his whites no whiter, his gradations no more dramatic or delicate. You might well forget, in viewing the results of so many fine and necessary marks, that the process behind them could even begin to make a mess.



Paul D' Agostino